26/01 2014

Comment les mots changent-ils la réalité ?

L’étude du cerveau favoriserait l’enseignement des langues dans le futur

Apprendre des mots par cœur constitue rarement l’étape la plus difficile dans la maitrise d’une langue étrangère.

Utiliser ces mots à bon escient pour exprimer clairement ce que l’on veut dire dans un contexte culturel nouveau est en revanche bien plus délicat.

Toute personne qui a déjà essayé d’apprendre une deuxième langue aura peut-être du mal à croire que cet objectif peut être atteint grâce à des scientifiques qui examinent les mécanismes du cerveau humain. Pourtant, une étude menée par l’université d’Etat de l’Arizona aux Etats-Unis a constaté un lien fort entre les zones cérébrales mobilisées pour détecter une action et ceux qui analysent une action lorsqu’elle est décrite par des mots.

Les chercheurs de l’université d’Etat de l’Arizona sont persuadés que cette découverte pourrait permettre aux professeurs de développer de nouvelles méthodes d’enseignement pour les gens qui pourraient avoir besoin de converser de manière fluide dans une seconde langue, tels que les interprètes ou ceux qui occupent à l’étranger des postes qui nécessitent une communication subtile.

Les scientifiques affirment dans le journal « Frontiers in Neuroscience » que les neurones miroirs du cerveau sont utilisés à la fois lors de l’observation d’une action et pour comprendre une description de cette action. Cette étude a également permis de découvrir un fait pour le moins étonnant : notre façon de percevoir quelque chose peut être altérée par la langue que nous utilisons autrement pour la décrire.

L’étude menée par Arthur Glenberg, professeur de psychologie à l’université d’Etat de l’Arizona, Noah Zarr, ancien étudiant et Ryan Ferguson, étudiant diplômé dans le domaine des sciences cognitives, examine la façon dont le cerveau reçoit les informations sous la forme de description et créé ensuite un scénario de cette action dans la tête, connu sous le nom de simulation.

Les chercheurs souhaitaient savoir dans quelle mesure les neurones miroirs du cerveau étaient mobilisés dans la phase de simulation. Les scientifiques savent déjà que ces neurones miroirs sont utilisés lorsqu’un individu entreprend une action, et observe une action.

Le système des neurones miroirs permet de comprendre les raisons pour lesquelles un individu décide d’effectuer une action. Si vous voyez par exemple quelqu’un tendre un livre à une autre personne, vos neurones miroirs réagissent et vous permettent de déduire la raison pour laquelle vous pourriez vous-même tendre un livre à quelqu’un. Cela vous permet ensuite de comprendre pourquoi quelqu’un d’autre le ferait.

« Nos recherches précédentes nous ont permis de montrer qu’adapter les neurones miroirs pouvaient avoir un effet sur la compréhension d’une langue. Mais personne n’avait encore montré jusque là que le processus de compréhension d’une langue pouvait lui-même modifier les neurones miroirs », a déclaré le professeur Glenberg.

Afin de vérifier si les neurones miroirs sont utilisés dans le processus de simulation, les chercheurs « ont utilisé le fait que les neurones miroirs sont utilisés à la fois dans l’action et dans la perception de l’action, et l’idée qu’une utilisation répétée du système nerveux mène à l’adaptation de celui-ci ».

Ils ont ainsi mis en place une expérience dans laquelle les participants devaient lire un certain nombre de phrases impliquant le transfert d’un objet. Ils ont ainsi découvert que lorsque l’on montrait aux sujets des vidéos du déroulement de cette action, leur perception de celle-ci était légèrement altérée, conformément à ce qu’ils avaient lu. Cela montre que « la lecture modifie les mêmes neurones miroirs utilisés pour la compréhension de l’action ».

Arthur Glenberg a ajouté : « si la compréhension d’une langue est un processus de simulation qui utilise les systèmes nerveux de l’action, alors peut-être pourrons-nous mieux apprendre aux enfants à comprendre ce qu’ils lisent en leur faisant littéralement simuler les actions. »