31/05 2016

Inde : aperçu de son incroyable diversité linguistique

L’Inde est un vaste pays regroupant un nombre impressionnant de langues. On y parlerait plus de 1600 langues et en matière de diversité linguistique, aucun autre pays dans le monde ne lui arrive à la cheville.

Quel est l’impact réel d’une telle richesse linguistique ?

En Inde, il n’existe pas de langue officielle (tout comme au Royaume-Uni ou aux États-Unis) même si l’hindi est la langue du gouvernement. Donner à une seule langue le statut de langue nationale est un sujet qui fait toujours l’objet d’un vif débat dans le pays.

Une partie du problème réside dans le fait que l’hindi, comme toute autre langue présente en Inde, n’est pas parlé par la majorité de la population. Bien que cette langue soit parlée dans plusieurs états dans le centre du pays (un ensemble régional appelé « Hindi Belt » ou ceinture hindi), ce n’est pas le cas dans les états situés aux frontières ou au sud du pays et qui se sont toujours opposé à toute proposition de reconnaître l’hindi comme langue dominante.

Même si au niveau national les langues les plus utilisées dans le milieu politique et judiciaire sont l’hindi et l’anglais, 22 langues sont néanmoins considérées comme ayant un statut et une valeur « officiels ».

L’établissement des frontières des États de l’Inde s’est fait en partie selon les clivages linguistiques et ce, après l’Indépendance. Chaque État a le pouvoir de choisir ses propres langues officielles (souvent une ou deux langues parmi les 22 officielles). Par exemple, le Gujarat a pour langue officielle le gujarati alors que l’Assam utilise l’assamais comme première langue officielle et reconnaît le bengali comme langue supplémentaire.

D’autres langues sont reconnues comme langues « régionales », c’est-à-dire des langues qui ne sont pas parlées par beaucoup de personnes à travers tout le pays mais qui ont un ancrage régional et un nombre de locuteurs souvent assez important. Parmi ces langues régionales, on trouve le rajasthani, le bhili et le toulou. Il existe également des langues qui sont moins largement parlées, généralement considérées comment des langues « minoritaires » et dont certaines d’entre elles sont en situation de fragilité.

Le gouvernement indien reconnait également des langues dites classiques telles que le sanskrit, le télougou et l’odia, certaines d’entre elles ayant une histoire qui remonte à des milliers d’années.

Le sanskrit est une langue ayant influencé de nombreuses langues indiennes modernes (de la même façon que les langues classiques telles que le grec ou le latin ont influencé les langues européennes modernes comme l’italien). Malgré cela, cette langue n’est véritablement parlée que dans un seul village et est pratiquement considérée comme une langue morte. Elle est cependant respectée dans tout le pays et reste importante au sein de la sphère religieuse.

Autrement dit, bien que seule une très petite minorité parle cette langue, le sanskrit n’est pas pour autant en danger de disparition et reste influente dans le pays.

Des familles linguistiques différentes

L’Inde regroupe un nombre impressionnant de langues mais celles-ci sont basées sur de nombreux alphabets différents et puisent leurs origines dans 4 (voire 5) groupes linguistiques différents. Ces langues proviennent des familles linguistiques suivantes : l’indo-aryen, le dravidien, le sino-tibétain et l’afro-asiatique. Les langues en voie de disparition des îles Andaman semblent rentrer dans un groupe linguistique qui leur est propre.

Non seulement l’Inde regroupe les langues les plus rares et les plus menacées au monde, mais certains des plus grands groupes linguistiques de la planète se trouvent également dans le pays.

Le bengali est parlé par plus de 200 millions de locuteurs, ou 250 millions si on compte les locuteurs non-natifs pour qui la langue est leur deuxième, troisième ou quatrième langue. L’hindi est la langue maternelle d’environ un demi-milliard de personnes et est parlé par près d’un milliard de locuteurs pour qui ce n’est pas la langue maternelle. Cela fait de l’hindi une des langues les plus parlées au monde.

L’anglais, l’une des autres langues les plus parlées au monde, est une des langues officielles en Inde. Avec près de 2 milliards de locuteurs dans le monde, elle est utilisée en Inde à des fins officielles. Cependant, elle y reste une langue native minoritaire : elle n’est la langue maternelle que d’une infime partie de la population. Elle est cependant largement utilisée comme langue supplémentaire. En effet, selon l’India Human Deveopment Study de 2005 (une étude menée au niveau national), environ 5 % des hommes indiens parleraient l’anglais couramment et plus d’un quart ont au moins quelques rudiments de la langue.

Les langues en voie de disparition en Inde

Bien que l’Inde ait une grande diversité linguistique, toutes ses langues ne sont malheureusement pas destinées à pérenniser.

Les îles Andaman, sous l’autorité de l’État indien, accueillent quelques-uns des peuples les plus isolés au monde. Ce manque de contact avec le monde extérieur est la raison pour laquelle la langue appelée couramment sentinelle reste en grande partie méconnue. Le recensement effectué en Inde en 2011 n’a pu identifier que 15 personnes dans cette tribu, ce qui pourrait en faire une des langues les plus menacées de disparition au monde.

Mais il ne s’agit pas de la seule langue menacée en Inde. Plusieurs douzaines de langues parlées dans le pays, comme les langues birhor ou toto, sont très menacées ou en situation de fragilité.

L’Inde est en fait le pays au monde qui voit disparaître ses langues le plus rapidement, avec jusqu’à 30 % d’entre elles en réel danger de disparition.

Les langues birhor et toto en particulier font face à des difficultés spécifiques : la population ayant ces langues comme langues maternelles ne savent pas les écrire et une autre langue, dominante et majoritaire, est utilisée dans le domaine des affaires. Ces difficultés menacent la survie à long terme de ces langues.

Gérer un pays avec un tel éventail de langues n’est pas chose facile et les problèmes linguistiques ont toujours eu un fond politique. Récemment, le gouvernement a décidé de remplacer l’allemand par le sanskrit (très lié à l’hindi et aux écritures saintes hindoues). Cette décision a été considérée comme une manœuvre politique en faveur de l’hindi et du nationalisme hindou.

La montée et la chute des différents partis au pouvoir se reflètent souvent dans celles des langues auxquelles ils sont associés. Actuellement, l’anglais est parlé par l’élite indienne, ce qui représente un véritable problème d’exclusion pour la population ne parlant pas cette langue. Curieusement, ce sont les entreprises de technologie qui aident à faire face à ces difficultés en facilitant l’accès aux ressources dans les différentes langues locales. Par exemple, Samsung fabrique des téléphones disponibles dans les langues des différentes communautés.

Pour les entreprises visant le marché indien, les questions concernant la langue à utiliser pour les affaires restent toujours d’actualité. Cependant, la taille du marché indien est telle que même les langues dites minoritaires sont souvent parlées par un marché plutôt considérable.

Pénétrer un marché indien qui utilise l’anglais vous permettra certainement d’atteindre un groupe d’élite de taille considérable à travers tout le pays.

Cependant, pénétrer un marché ayant une langue minoritaire restreinte à une région géographique peut être un avantage pour la chaîne logistique et pour toucher la population locale.

Penser qu’utiliser l’anglais est toujours la meilleure approche est une idée fausse : des entreprises bien renseignées peuvent trouver judicieux de mettre le choix de la langue comme élément clé dans leur stratégie commerciale indienne.