17/06 2016

La façon de parler de Trump serait-il la clé de son succès ?

Au plus grand désarroi de nombreuses personnes, le prétendant à la présidence Donald Trump est bien parti pour devenir un concurrent de taille aux élections présidentielles américaines.

Même si sa candidature ne sera confirmée qu’en juillet après la convention nationale républicaine, il semblerait qu’il ait déjà battu les autres candidats de son parti pour représenter le parti républicain aux élections présidentielles qui auront lieu en novembre de cette année.

Son succès en a déconcerté plus d’un. « Trump incarne tout ce que le reste du monde méprise au sujet des États-Unis : le racisme facile, le matérialisme grossier, l’autoglorification incessante et un niveau excessif de vulgarité » a fait remarquer un journaliste néo-zélandais.

Trump a beau s’être mis à dos une large partie de l’électorat, dont les femmes, les hispaniques et les diplômés blancs, il semble être un candidat redoutable pour la course à la Maison-Blanche.

C’est une situation pour le moins surprenante. Sa candidature, qui était à l’origine perçue comme une plaisanterie, apparaissait dans la section « divertissement » du site d’information Huffington Post.

Mais alors, quelle est la raison d’un tel succès auprès des électeurs ? De curieuses études semblent indiquer que si Trump est aussi populaire, c’est en grande partie grâce à ses talents d’orateurs.

Franc-parler

Sa progression pendant la campagne électorale a été attribuée au fait qu’il diffère des politiciens classiques. Il apparaît comme un nouveau genre de politicien, maître de l’improvisation et dont la réputation de ne pas avoir sa langue dans sa poche n’est plus à refaire.

Cette réputation est d’autant plus renforcer par le choix de ses mots. Trump n’est absolument pas politiquement correct, surtout avec des commentaires tels que « les Mexicains sont des violeurs ». Il s’est mis une large partie de l’électorat à dos avec cette approche et sa campagne a été amplement critiquée.

Cependant, son franc-parler et la spontanéité dont il fait preuve quand il parle semblent lui avoir permis de se rapprocher du public. À la différence des politiciens « professionnels » qui savent pertinemment que certains de leurs propos peuvent être pris hors de leur contexte et utilisées plus tard contre eux, Trump, lui, ne tient pas compte de ce risque. Il donne l’impression d’être plus honnête, même si ce qu’il dit est souvent vulgaire et offensant.

Une analyse faite sur sa façon de parler suggère que ses capacités oratoires se rapprochent de celle d’un enfant, mais que c’est l’une des raisons grâce auxquelles il parvient à se rapprocher de l’électorat.

La structure de son langage est particulièrement caractéristique : de nombreux politiciens ont eu du succès grâce à des phrases courtes et percutantes en plaçant les mots les plus importants à la fin. Un exemple type serait la phrase utilisée par John F. Kennedy « Let us go forth to lead the land we love » (« Allons de l’avant pour diriger le pays que nous aimons »).

Trump va même plus loin en utilisant des structures de phrases extrêmement simples pour exprimer son point de vue. Quand il répond avec ardeur à une question, ces phrases deviennent plus courtes et la plupart ne font qu’entre 5 et 15 syllabes. La citation suivante est typique de sa façon de parler : des phrases très courtes et très simples avec de nombreuses répétitions pour enfoncer le clou.

« Quand le Mexique envoie ses gens, ils n’envoient pas les meilleurs… Ils envoient les gens à problèmes, et ces gens apportent ces problèmes chez nous. Ils apportent de la drogue. Ils apportent de la criminalité. Ce sont des violeurs. Et quelques-uns, je suppose, sont des gens biens. »

Selon une analyse du quotidien américain Boston Globe sur la façon de parler de Trump, ce dernier s’exprime à la manière d’un enfant d’environ 9 ou 10 ans.

L’étude a évalué les discours de 19 candidats aux présidentielles grâce au test de lisibilité Flesch-Kincaid qui analyse différents paramètres tels que le choix des mots et la structure des phrases pour déterminer le niveau d’éducation nécessaire pour comprendre le contenu d’un discours.

En comparaison, Hilary Clinton, la principale rivale de Trump à la course à la Maison-Blanche, parle au niveau d’un enfant de 13-14 ans. D’autres candidats, qui ont depuis abandonné la course, parlent en moyenne au niveau d’adolescents légèrement plus âgés. Cela vaut également pour Bernie Sanders, dont la campagne était basée sur des critiques de tout le système politique et dont les discours correspondaient en général au niveau d’un adolescent de 16 ans.

Parmi les candidats, les discours de Trump sont ceux dont la moyenne est la plus basse en nombre de mots par phrase, de syllabes et de lettres par mot.

Il prend également le parti d’utiliser des adjectifs simples comme « génial » ou « terrible » et des concepts faciles à comprendre comme « rendre à l’Amérique sa grandeur » plutôt que de se lancer dans des critiques interminables du système capitaliste, comme le fait Bernie Sanders.

Il emploie un langage émotionnel et recourt à l’agressivité et la colère. Il ne part pas dans de longues analyses sans fin sur les complexités de la politique étrangère, ce qui rend son point de vue difficile à critiquer. De plus, c’est un expert en matière de remarques lapidaires : le surnom qu’il a donné à l’un de ses premiers rivaux, Jeb Bush, le qualifiant de personne peu énergique, a profondément causé du tort à la campagne de celui-ci.

Simplicité

Pour les politiciens, communiquer de manière simple n’est pas forcément une mauvaise idée. Une bonne communication doit être claire et souvent simple. George W. Bush, bien qu’il fût souvent critiqué pour sa façon de parler et son approche quelque peu malhabile, était très efficace pour toucher l’électorat.

Une analyse d’un discours de Trump en particulier, concernant le problème épineux de la discrimination basée sur la religion, a démontré que 78 % des mots employés ne contenaient qu’une seule syllabe. C’est pousser la communication simplifiée à l’extrême.

Les rédacteurs publicitaires professionnels doivent souvent résister à l’envie d’abuser des propositions indépendantes dans leurs écrits.

En effet, celles-ci rendent le langage parlé ou écrit plus compliqué et, pour un politicien, elles peuvent faire paraître le locuteur moins sûr de lui, plus prudent dans ce qu’il dit et moins convaincu par ses propres mots. Les phrases courtes que Trump utilise lui permettent de faire passer son message et le font paraître sûr de lui. Bien que sa campagne offense et inquiète de nombreuses personnes non seulement aux États-Unis mais également à l’étranger, ses capacités oratoires sont une des raisons pour lesquelles l’électorat semble penser que Trump est l’homme qu’il faut.