21/08 2013

La Silicon Valley peut-elle sauver nos langues en voie de disparition ?

Le nombre exact de langues parlées dans le monde est inconnu, notamment parce que la limite entre un dialecte et une langue à part entière n’est pas clairement définie. Le site Ethnologue estime qu’il existe environ 7 105 langues actuellement parlées sur Terre. La majeure partie de ces langues sont parlées en Asie (2 304) et en Afrique (2 146). On considère qu’environ 1 311 langues existent en Australasie et dans le Pacifique, 1 060 en Amérique, et seulement 284 en Europe.

Alors que les cultures se mélangent et que l’éducation devient de plus en plus accessible, les langues sont sans cesse absorbées ou remplacées. En conséquence, un certain nombre de langues est amené à disparaitre entièrement puisque de plus en plus de personnes parlant une langue deviennent d’abord bilingues dans une autre langue, puis progressivement fidèles à la deuxième langue jusqu’à cesser complètement d’utiliser leur langue native. De plus, les langues parlées par des populations de petite taille et isolées géographiquement peuvent s’éteindre si leurs locuteurs sont victimes d’un génocide, d’une épidémie ou encore d’une catastrophe naturelle.

Parmi les 1 060 langues parlées en Amérique du Nord, Ethnologue a estimé que 336 sont en train de disparaitre (ou 32%). Le même site estime qu’en Europe, 48 des 284 langues existantes sont en voie d’extinction (17%), et en Australasie et dans le Pacifique, 207 langues sur 1 311 sont également amenées à disparaitre, représentant environ 16% des langues parlées dans la région. Les deux régions comptant le plus de langues différentes, à savoir l’Afrique et l’Asie, ont les taux d’extinction les plus bas à 6% et 8% respectivement. L’Afrique et l’Asie ont également les niveaux de pénétration d’internet et d’alphabétisation les plus bas parmi l’ensemble des régions citées ci-dessus.

Il semblerait donc que les régions avec des taux d’éducation et de pénétration d’internet relativement bas connaissent un risque d’extinction moindre de leurs langues. On peut ainsi se demander si l’éducation et l’accès à internet entrainent l’extinction des langues. Ce n’est néanmoins pas toujours le cas. En réalité, certains soutiennent le fait que les entreprises technologiques permettent la sauvegarde des langues en voie de disparition.

Par exemple, en août 2012, Microsoft annonçait la sortie de Windows 8 dans une langue que beaucoup d’analystes en technologie trouvaient surprenante, à savoir le Cherokee. Il y a 10 ans, le Cherokee ne comptait aucun locuteur natif en dessous de 40 ans. Aujourd’hui, la langue nord-américaine recense environ 16 000 personnes.

Dans le même esprit, Google annonçait quant à lui l’année dernière qu’il apporterait son soutien au « Projet pour les langues en voie de disparition », une initiative développée dans le but d’aider tout le monde à partager des informations et des ressources sur les langues en voie d’extinction.

Google a déjà pour habitude de lancer ses produits dans des langues peu courantes. Son produit vedette de recherche est disponible en irlandais depuis de nombreuses années, bien que la langue en question ne compte pas plus de 133 000 locuteurs natifs, et que la totalité d’entre eux parlent également anglais.

Google continue également d’ajouter de nouvelles langues à son outil de traduction automatique, Google Traduction, qui compte entre autres les langues bosniaque, cebuano, hmong, javanaise et marathi depuis quelques mois.

On pourrait penser que ces ajouts de langues sont effectués de façon désintéressée. Néanmoins, les grands groupes comme Google et Microsoft doivent s’assurer que leurs produits ont un marché pour les années qui viennent. Or, la meilleure façon de s’assurer qu’un marché existe est d’en créer un. En ciblant des marchés linguistiques de niche, le géant de la technologie peut ainsi augmenter sa prospérité future puisque plus de locuteurs natifs dans ces langues auront accès à internet et commenceront à utiliser ces services.

De plus, l’importance relative de l’anglais dans le monde entier commence à diminuer. Selon une étude du spécialiste de la Brookings Institution Homi Kharas, la classe moyenne mondiale doublera d’ici 2030, passant de 2 milliards de personnes aujourd’hui à 4,9 milliards en 2030. Les classes moyennes européenne et américaine représentent actuellement 50% des classes moyennes au niveau mondial, alors que d’ici 2030, elles ne représenteront que 22% du total. L’Asie, où sont parlées plus de 2 000 langues, représentera 64% des classes moyennes dans le monde d’ici là.

Les entreprises de la Silicon Valley ont donc beau développer des plateformes et des services en langues étrangères très ciblées dans le but de se couvrir pour le futur, elles ne s’aperçoivent probablement pas qu’elles permettent également à ces langues de prospérer et de conserver selon toute vraisemblance leur existence dans le futur.