20/11 2013

Le bilinguisme retarde la démence

Deux langues valent mieux qu’une

La capacité à parler plusieurs langues est une compétence relativement convoitée qui peut faciliter les affaires ainsi que les déplacements personnels à l’étranger. Par ailleurs, une étude parue fin 2013 démontre que le bilinguisme pourrait également avoir des bienfaits sur la santé.

Les bienfaits sociaux et culturels du bilinguisme sont connus depuis longtemps. Les enfants qui grandissent dans un environnement bilingue ont souvent une vision unique des deux cultures, et développent une certaine affinité pour les langues. De plus, l’étude publiée dans la revue médicale américaine « Neurology » indique que les processus cérébraux impliqués lorsqu’une personne passe d’une langue à une autre peuvent retarder certaines formes de démence.

Une étude conjointe de l’Institut Nizam des Sciences Médicales en Inde et de l’Université d’Edimbourg a permis de montrer que les personnes capables de parler couramment deux langues ou plus sont frappés plus tard par la maladie d’Alzheimer, et par les formes de démence vasculaire et fronto-temporale.

Les chercheurs ont étudié 650 personnes souffrant de démence, et ont ainsi découvert que le fait de passer d’une langue à une autre, en ayant recours à des sons, des mots et des structures grammaticales différentes, permettait d’entrainer le cerveau de façon naturelle.

« Ces découvertes laissent penser que le bilinguisme pourrait avoir un effet plus fort sur la démence que tous les médicaments qui existent actuellement. Cela fait de notre étude sur la relation entre bilinguisme et cognition une de nos plus grandes priorités », explique Thomas Bak, professeur au département de philosophie, de psychologie et de linguistique à l’Université d’Edimbourg.

Cependant, les spécialistes insistent sur la nécessité de poursuivre les recherches, compte tenu des difficultés entrainées par l’étude de populations bilingues. Les régions où le bilinguisme est très répandu sont souvent différentes des sociétés monolingues, que ce soit au niveau ethnique ou culturel. Par conséquent, de nouvelles pistes de recherche pourraient s’avérer nécessaires.

Les régions comme Hyderabad, en Inde, sont idéales pour mener des études sur le bilinguisme, puisque la connaissance de plusieurs langues est une norme et le monolinguisme est rare.

L’étude en question constitue la plus importante jamais réalisée sur le lien entre le bilinguisme et l’apparition de la démence, indépendamment de certains facteurs tels que l’éducation, le sexe ou encore l’emploi.

Selon les chercheurs, l’impact a été confirmé même chez les patients qui n’avaient jamais été à l’école et étaient considérés comme analphabètes, démontrant ainsi que la relation n’était pas causée par des différences d’éducation.

Passer d’une langue à une autre pour un locuteur permet au cerveau d’accéder aux fonctions exécutives, qui désignent des fonctions cognitives telles que la mémoire et l’attention, nécessaires pour interagir efficacement avec d’autres personnes, selon MedPage Today.

Les chercheurs se sont tout particulièrement intéressés au lien apparent entre l’entrainement cérébral et sa capacité à protéger la santé mentale, c’est-à-dire la réserve cognitive.

La réserve cognitive a été définie par le Dr. Stephen Rao, de la clinique de Cleveland, comme « la capacité du cerveau à continuer de fonctionner normalement malgré des lésions ou une maladie importante ». Des études antérieures ont montré que le niveau d’éducation et les « capacités cognitives d’ordre supérieur » permettaient de renforcer la réserve cognitive. Le Dr. Stephen Rao a laissé entendre que l’activité dans les différentes aires du cerveau mobilisées lorsqu’une personne passe d’une langue à une autre favoriserait l’entrainement cérébral.

Il n’est donc jamais trop tard pour pouvoir profiter des bienfaits apportés par l’apprentissage d’une nouvelle langue, et qui sait, peut-être que d’autres avantages seront encore découverts dans le futur.
Il reste encore à savoir quels sont les effets de l’apprentissage d’une autre langue plus tard au cours de la vie. Les dernières recherches se sont basées sur des enfants, qui ont grandi en utilisant au moins deux langues. Des études antérieures ont toutefois démontré que des exercices d’entrainement cérébral effectués par des personnes de plus de 50 ans ont des effets positifs pour retarder l’apparition de démence.