1/11 2013

Multilinguisme : le comportement des internautes au Canada

La génération Y, qui regroupe les personnes nées au moment de l’émergence d’Internet, est connue pour jouer un rôle majeur dans l’adoption des nouvelles tendances du numérique. Cela vaut également pour le pays voisin des Etats-Unis souvent délaissé qu’est le Canada. Toutefois, contrairement aux Etats-Unis, le Canada a deux langues officielles, et une étude récente menée par le Conseil de la Radiodiffusion et des Télécommunications Canadiennes (CRTC) a permis d’identifier des divergences d’utilisation d’Internet selon la langue de l’utilisateur.

Toutes les tranches d’âge au Canada se sont familiarisées avec Internet pour des raisons pratiques, afin de rester en contact avec leur famille ou encore pour payer leurs factures, selon un précédent rapport de la société eMarketer intitulé « Données démographiques du Canada : comportements en ligne en fonction de l’âge».

Néanmoins, des différences surviennent lorsque l’on s’intéresse de plus près à l’âge et à la langue des utilisateurs. L’étude du CRTC sur l’utilisation d’Internet démontre que près de quatre anglophones sur cinq (78%) âgés de plus de 50 ans ont navigué sur le Web en 2012. Les francophones de la même catégorie d’âge n’étaient que 69%.

En termes d’utilisateurs d’Internet tout âge confondu, les anglophones ont passé en moyenne plus de 20 heures en ligne par semaine sur la même période. Ce chiffre est plus élevé (de 54,6%) que celui enregistré par les francophones, qui se sont quant à eux connectés en moyenne 13 heures.

Concernant la génération Y, ces jeunes à l’aise avec la technologie continuent de s’illustrer comme le moteur des interactions en ligne. Selon Jaime Morrison, analyste pour la firme canadienne Abacus Data, « Les attentes des personnes issues de la génération Y lorsqu’elles interagissent avec des entreprises sur les réseaux sociaux sont différentes. Elles attendent de la part de ces sociétés une certaine sincérité et authenticité. La génération Y a une réelle capacité à trier l’information qu’elle juge vraie ou en laquelle elle croit ».

Une fois encore, l’utilisation des réseaux sociaux montre une séparation selon la langue parlée. Dans la province canadienne francophone du Québec, LinkedIn était presque deux fois plus populaire parmi les anglophones que les francophones en 2012, et YouTube était plus utilisé par les locuteurs anglais, affichant une différence de 13 points avec les francophones.

Dans l’ensemble, les anglophones étaient plus susceptibles d’utiliser les réseaux sociaux, et également de lire du contenu, accéder à leurs comptes et partager des informations. Les francophones étaient quant à eux plus susceptibles d’interagir avec d’autres utilisateurs.

L’utilisation plus faible par les francophones des réseaux sociaux, qui reposent sur du contenu engageant, peut vouloir dire que ces sites pourtant populaires manquent de contenu en français, entraînant ainsi les utilisateurs à se tourner vers d’autres sites.

Les spécialistes du marketing sur les réseaux sociaux doivent être conscients que les francophones visitent ces sites, mais que du contenu propre et adapté à la langue française pourrait être la solution pour susciter un engagement plus important.

La génération Y est également connue pour être la première à rompre avec les services traditionnels câblés, et à utiliser Internet pour lire des vidéos en streaming. Connu sous le nom de « cord-cutting » en anglais, cette pratique est utilisée par un quart des 18-24 ans. Une personne sur cinq en fait l’utilisation chez les 25-35 ans et 15% pour les plus de 35 ans.

C’est pourquoi la génération Y représente une aubaine pour les spécialistes du marketing. Toutefois, les périodes de récession économique récentes ont restreint les activités de ces jeunes, désormais axés vers un bon rapport qualité-prix. Les dettes des étudiants, le climat tendu sur le marché du travail et des prix élevés sur celui de l’immobilier amènent la génération Y à attacher davantage de valeur au rapport qualité-prix qu’aux publicités en ligne et aux discours jugés futiles.

Alors agissez avec précaution et traitez cette tranche d’âge avec respect. Ces personnes constituent une source de revenu potentielle, et qu’importe la langue dans laquelle elles s’expriment, leur voix compte.