6/08 2013

Traductions de fans : que faut-il en penser ?

Les traductions de fans font généralement référence aux traductions non officielles de certains médias, principalement de jeux vidéo, de films, de livres et de musique, d’une langue vers une autre. Ces traductions sont ensuite partagées gratuitement par les fans eux-mêmes.

Les traductions de fans sont devenues populaires à la fin des années 90, avec l’expansion des émulateurs de consoles de jeux. De nombreux jeux vidéo japonais n’avaient jamais été traduits et n’étaient jamais sortis en dehors du Japon. En conséquence, des fans se sont dépêchés de traduire un certain nombre de ces jeux par la suite.

Par exemple, le jeu Final Fantasy V, sorti à l’origine uniquement au Japon sur la Super Famicom de Nintendo (plus connue sous le nom de Super Nintendo), a été traduit par un groupe appelé « RPGe », considéré comme le premier groupe important de fans traducteurs.

En ce qui concerne les films et bandes dessinées, le travail de ces fans a donné naissance à de nouveaux termes anglo-saxons tels que « fansub » (en anglais, combinaison de « fan » et de « sous-titre ») et « scanlation » (combinaison de « numérisé » et de « traduction »).

Le « fansubbing » est l’art de traduire et de sous-titrer des films, émissions TV et autres matériels audiovisuels.

La « scanlation », parfois appelée « scantrad » ou « mangascan », correspond à la numérisation, la traduction et la révision de bandes dessinées. Les « scanlations » ont gagné en popularité notamment du fait d’un manque de traduction de mangas japonais sortis en dehors du Japon. Les fans de mangas ont alors commencé à collaborer et à partager leurs traductions, puisque l’importation de mangas depuis le Japon était très onéreuse, et une connaissance de la langue était requise afin de comprendre le contenu des originaux.

Dans les pays ayant adhéré à la Convention de Berne, traité international pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, le « fansubbing » et la « scanlation » sont illégaux puisqu’ils constituent une violation des droits d’auteur. La Convention de Berne compte actuellement 165 pays adhérents, ce qui correspond à la quasi-totalité des pays dans le monde, à quelques exceptions près telles que l’Iran, l’Iraq, l’Afghanistan et la Somalie.

Les détenteurs des droits ont depuis peu commencé à envoyer des ordonnances de cessation et d’abstention aux créateurs amateurs de traductions, les menaçant d’engager des procédures judiciaires et dans certains cas d’arrêter les responsables s’ils ne respectaient pas les règles.

Par exemple, en août 2007, la BBC rapportait qu’un adolescent français suspecté d’avoir publié sur internet sa propre traduction complète du livre « Harry Potter et les reliques de la mort », avait été arrêté pour violation des droits de la propriété intellectuelle.

La version officielle en langue française du dernier tome de la série Harry Potter était prévue pour octobre 2007. Toutefois, le jeune homme âgé de 17 ans avait réussi à sortir sa version traduite du livre alors que le traducteur officiel d’Harry Potter, Jean-François Ménard, travaillait lui toujours sur la traduction.

C’est probablement ce qui a poussé l’agence littéraire de J.K Rowling, The Blair Partnership, à ne pas diffuser d’exemplaires de son premier livre post-Harry Potter, Une place à prendre, aux maisons d’édition étrangères en juillet 2012.

En juillet 2013, la BBC rapportait cette fois-ci que les serveurs et ordinateurs appartenant aux propriétaires de « Undertexter » (signifiant « sous-titre » en suédois) avaient été saisis par la police suédoise. Dans une publication sur Facebook, les représentants du site Undertexter ont annoncé que leur service était alimenté par des traductions fournies gratuitement par des fans. Les utilisateurs du site mettaient en ligne leurs propres traductions de films et d’émissions qu’ils regardaient, sans partager les films.

Cependant, le chef de police suédoise en charge de la propriété intellectuelle, Paul Pinter, a affirmé : « notre loi concernant le droit d’auteur interdit la transcription d’un film protégé sans l’autorisation de l’auteur, et n’autorise pas non plus la publication de celle-ci. »

Il a ajouté que les sanctions possibles pouvaient aller d’une simple amende à deux ans de prison.

L’inquiétude des détenteurs de droits est compréhensible. Une étude réalisée par l’Institut pour l’Innovation Politique (IPI), groupe de réflexion basé à Lewisville au Texas, a montré que le piratage de films coûtait près de 20,5 milliards de dollars à l’économie américaine chaque année. Une autre étude dirigée par L.E.K Consulting et basée sur 20 000 enquêtes réalisées dans 22 pays, a estimé que le piratage coûtait aux studios de cinéma environ 6 milliards de dollars par an.
En revanche, ces « fans traducteurs », qui s’en sont toujours tenus à un code de déontologie commun, ne se considèrent généralement pas comme des pirates. Ils ne font payer que pour couvrir leurs dépenses, et beaucoup de leurs sous-titres contiennent un commentaire précisant « fansub
gratuit : ni à vendre, ni à louer », afin de décourager les revendeurs illégaux.

AnimeSuki, un fournisseur de sous-titres, a déclaré : « tout comme les fansubs eux-mêmes, mon site est sans but lucratif. […] Si cela était possible, je n’aurais aucune bannière publicitaire sur mon site. En réalité, certains sites miroirs ne contiennent aucune publicité. » La majorité des « fansubbers » évitent également d’utiliser des titres déjà déposés dans leur pays de distribution.

« Nous leur rendons service », a affirmé AnimeSuki. « Les fansubs génèrent des communautés de fans aux États-Unis, ce qui créé une demande. Ainsi, il y aura plus de chances qu’une entreprise d’animation américaine souhaite y accorder une licence. »

Les partisans de « fansubs » ont sous-entendu que le succès fulgurant de l’anime japonais Sailor Moon était directement dû aux efforts des « fansubbers ». Si le titre n’avait pas été traduit par des fans, certains affirment que Sailor Moon ne serait peut-être jamais sorti en Amérique du Nord.

Qu’en pensez-vous ? Selon vous, les traductions de fans sont-elles bénéfiques au secteur économique et aux consommateurs ? Sont-elles au contraire une forme de piratage qui pourra mener à la destruction de nos industries créatives, et par conséquent, être défavorable pour les personnes qui partagent les fichiers ?